Je vous ai déjà parlé de C dans un blog précédent. Je ne ré-écrirai donc pas son histoire ici, mais vous raconterai la suite, simplement.
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Scène 1: À la maison, juste après l’un de ses massages:
C: Mom Gen, toi et Sir Yanick quitterez les Philippines bientôt.
Moi: Hum, hum
C: Il faut que je me trouve un travail , autre que les massages, pour faire vivre ma famille.
Moi: hum, hum
C: Est-ce que tu veux m’aider, mom Gen?
Petite pause. J’ai toujours crains ces moments. Ils le disent et le répètent toujours: il ne faut pas prêter d’argent, parce que sinon c’est un cercle vicieux qui s’installe. J’ai déjà prêté des sous à C, j’ai réussi à me sortir de l’impasse mais non sans heurts. Je sais aussi que C est pauvre, que selon ses critères je suis riche. C’est vrai que je m’en vais et qu’elle n’a pas d’autres clients pour l’instant. Qu’elle a 4 enfants, 1 mari. Dilemne moral.
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Scène 2: Quelques semaines plus tard, dans notre cuisine.
C: Mom Gen, j’ai un papier pour toi.
Elle me tend un carton de boîte de céréales, à l’endos écris d’une belle écriture, une liste de produits avec des prix.
C: J’ai trouvé ce que je veux faire mom Gen. Je vais m’ouvrir un sari-sari (dépanneur philippin)
Moi:…
C: C’est la prof de ma plus vieille qui a écrit. Je lui ai demandé d’écrire en anglais les produits que je lui disais et les prix. Je suis allée jasée avec un propriétaire d’un autre sari-sari, je lui ai demandé combien, selon lui, j’avais besoin comme capital de départ, quels produits étaient nécessaires. Mom Gen, peux-tu m’aider?
Re-pause. Pourquoi sommes-nous aux Philippines? Pour contribuer au développement, pour aider les groupes locaux à aider les gens à se sortir de la pauvreté. Ok, elle n’est pas un groupe. En l’aidant directement, on contrevient au renforcement des organisations locales. Mais nous avons un impact direct. Elle a un plan. Elle s’est démerdée pour parler à ses voisins, à la prof, elle est allée chez le grossiste voir le prix des produits. J’admire ça. Elle a refoulé sa fierté pour demander un micro-prêt. Je respecte ça. Et surtout elle a raison: une fois que nous serons partis, plus de massage (différentes raisons, la principale n’étant pas le manque de la demande, mais plutôt la prolifération de l’offre. En deux ans, j’ai vu au moins 4 salons de massage ouvrir!). Échange de regards et de quelques paroles avec le frisé.
Moi: Sais-tu tenir un inventaire et faire un suivi des finances?
C: Non.
Moi: Veux-tu apprendre?
C: Oui!
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Scène 3: Chez C dans son sari-sari.
Yanick et moi, grignotant les biscuits qu’elle nous a fièrement offert à notre arrivée: Wow C, il est vraiment bien ton sari-sari!!
C: Mom Gen, Sir Yanick je suis tellement contente! Maintenant nous pouvons manger à tout les jours. Le sari-sari fonctionne, les voisins sont contents, mon mari à un emploi, moi aussi!! Tout va bien!!
Et c’est vrai qu’il est bien son sari-sari. Finalement, ils l’ont mis dans leur maison. Son mari a construit une petite extension à leur maison. Ils sont fiers: il y a des gens qui achètent leurs produits, qui placotent sur le perron. Les gens sont contents, parce que l’autre sari-sari est loin: en bas de la côte.
Nous placotons quelques minutes. Je sors un sac de mon sac, le tend à C. Un peu perplexe, elle le vide de son contenu. Il y a un ledger (sais pas le nom en français, mais c’est un livre pour tenir un inventaire), une règle, des crayons, une aiguise.
C tout sourire: Ah oui, c’est vrai, mon inventaire! Je ne sais pas comment faire mom Gen, mais je sais que je peux apprendre! Après tout, j’ai réussi à ouvrir mon sari-sari. Et ça marche! Je suis intelligente!!!
Comment, et surtout pourquoi, a-t-elle pu en douter avant??!!!
