* Faits et réalité

Fait: Un Filipino a gagné un prix environnemental pour avoir convaincu les Philippines de bannir les incinérateurs.
Fait: Il est interdit de bruler ses déchets selon la Loi sur la gestion des déchets (RA9002)

Réalité: En fin de journée, il y a toujours une petite d’odeur de brulé. Sacs de plastique, gazon, feuilles mortes et autres déchets sont brulés, aux vues et aux sus de tous, dégageant suie et dioxines. Au moins, ils recyclent les pneus… en pots de fleur.

* Vroum vroum vroum!

Tourner à droite en clignotant à gauche;
forcer une rouge et anticiper une verte;
rouler à 20km/h dans la voix de gauche;

Ce ne sont là que quelques exemples de situation que l’on rencontre dans les rues d’Iligan. Même après 18 mois d’expérience, la conduite est toujours rocambolesque. Comme il n’y a que sept lumières dans toute la ville, la priorité est au plus fort ou au plus vite: les camions ont préséance, les nouvelles autos itou! C’est une approche offensive de la jungle. Sans compter que les conducteurs ne semblent pas avoir de perception des autres. On s’en remet à dieu, peu importe la dénomination… Il doit bien faire la job car il y a peu d’accrochage.

Un trajet normal pour aller en ville inclut habituellement du slalom entre les jeepneys qui arrêtent où bon leur semblent, des mini-vans sur les quatre flashers qui roule à folle allure (les clignotants éliminent la responsabilité du conducteur de suivre le code de la route), des chiens, des chats, des tricycles qui traversent n’importe où et des véhicules qui s’insèrent, traversent très lentement. Il ne faut pas trop être défensif sinon on cède à tout le traffic et on fait du surplace pendant que derrière,ça klaxonne allégrement. Il faut surtout pas négliger également, l’état de la route (et le riz qui sèche sur cette même route) et l’état des véhicules (pneus fesses et autres bricolages).

Pas pour rien que l’école de conduite s’appelle God’s Will Driving School… Inshala!

Note: J’ai bien hâte de voir comment je m’adapterai à la conduite de Gatineau et Ottawa et en même temps je m’imagine ce qui se passe quand des immigants arrivent au pays et commencent à conduire. Ce n’est peut-être pas seulement des préjugés. Quelqu’un est intéressé à un projet de recherche…?

* Plage San Miguel

Ça fait trois semaines qu’il pleut quasie quotidiennement. Il y a eu les effets des typhons Milenyo et Neneng et, entre les deux, la mousson.

Ce soir, en refermant les grilles, j’ai remarqué que l’espace entre le métal et le sol s’était agrandi. Un regard dans la rue confirme la situation. Notre terrain prend tranquillement de l’expansion dans la rue. Plage San Miguel prend forme. Lorsque le soleil reprendra le dessus, j’installerai des parasols :)

Donc si le terrain perd quelques centimètres de sol alors que la pente est, disons, très faible. On peut facilement imaginer la quantité de particules de sol qui s’érode des flancs des collines environnantes dénudés (car la pluie a détruit les semis). Pas pour rien que les rivières sont gonflées à bloc et d’une jolie couleur brunatre. Et à la fin, le tout se retrouve en mer et vient plus ou moins polluer les plages de sable. Quel dommage tant pour les fermiers que pour les vacanciers :(

* Dialogue de sourds

M: Kanusa dukay diri? (Depuis quand êtes-vous ici?)

Y: Duaka tuwig (Ça fait deux ans.)

M:….

M: Yes, me too I am a Catholic

* Autre peste…

Une autre bibitte à poil qui ennuie bien nos amis fermiers meranao sont les cochons sauvages! Oui, oui, comme dans Astérix et Obélix! Mais nos fermiers meranao sont bien mal pris car ils ne peuvent toucher du cochon, sauvage ou pas.

Depuis, dès que je les rencontre je mets mon casque ailé et Yanick ses pantalons bleu et blanc,…Peut-être qu’un jour, ils vont nous inviter à dormir et nous pourrons chasser le cochon et se faire un vrai festin comme dans Astérix et Obélix!

Me demande bien qui fera le barde…..

* Une histoire de singes…

Dans l’une des communautés où Yanick travaille, ils ont un grave problème avec les singes. Petites bêtes intelligentes, voraces et vicieuses, elles aiment bien le maïs local et viennent la nuit s’empifrer aux frais des fermiers, qui ne peuvent pas se payer la “taxe” singe.

Un bon matin, un fermier un peu énervé décide de prendre les choses en main et de faire une petite concoction pour le *@#%! de singe.

Une centaine de piments sili (piments vraiment piquants!) bien écrasés pour que le jus sorte, un peu d’eau. Le fermier “spray” la concoction sur ses maïs, met le restant dans une noix de coco tout proche et se cache dans un coin pour observer les bêtes.

Tel que prévu, un premier singe se pointe, rapidement suivi par toute la troupe. Le leader, un curieux, s’approche du contenant à concoction. Renifle…Pouaaaahhhh! Il repousse la noix avec vigueur,… je vous l’ai dit, intelligentes les petites bêtes!

Fier de son cou, il s’approche du maïs. De ses mains avides s’empare du butin tant convoité. Oh malheur! Il semble bien que ce maïs aussi soit contaminé. Il le reniffle, le retourne, le rejette.

Consterné, le singe s’asseoit, se gratte les yeux, la bouche, le nez, la poche….réfléchit pendant quelques secondes….

Et tout d’un coup, tout son corps s’agite d’une danse éffrénée, il pleure des yeux, renifle, a la poche qui enfle,… effet sili garanti!

* Choc de culture

Mindanao c’est un peu une frontière. Il arrive quelques fois que des situations un peu loufoques se produisent.

Vendredi passé, nous sommes invités à l’inauguration du centre de dialogue musulman-chrétien-lumad de MSU. Le speaker du Congrès de même que quelques congressmen devait s’adresser aux invités. Alors que nous attendions le cortège politique, une orchestre maranao interprétait des rythmes locaux. Un peu plus tard, sur la pelouse devant le centre, la fanfare de MSU s’est installée et a entonné des tubes populaires (dont Sex Bomb) pendant que des majorettes en mini-jupes se déhanchaient.

Ainsi d’un coté, la royauté maranao conservatrice se tenant bien droit et écoutent des xylophones alors que de l’autre coté, des majorettes dancent au son de Britney Spears; chacun se regardant avec un air d’incrompréhension. Comme quoi, le centre de dialogue remplira un certain vide dans leur comprehension.

Un situation qui ressemble étrangement aux rapports entre les francophones et les anglophones au pays. Pas pour rien que l’on enseigne le mouvement séparatiste québécois à MSU… On devrait peut-être enseigner le conflit de Mindanao dans nos universités.

* Bike chick

Avec mon casque de vélo, je roulais à 50 km, suivant mon homme* À chanter à la Piaf
Libre, indépendante.
Maîtresse-femme

sur ma tondeuse à deux roues!

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* La vente de blanc

Durant l’année 2004-2005, les Philippines avaient 292 240 citoyen(ne)s inscrit(e)s dans des programmes de nursing et de soins infirmiers. Ils y auraient plus de 50 000 infirmiers et infirmières pinoys seulement aux États-Unis sans compter que le Canada accepte plus de 25 000 philippins par année. Pas pour rien que vers les 17 heures, les jeepneys de Iligan soient remplis d’uniformes blancs ou verts. Un diplôme en nursing ou en soins infirmiers est un passeport pour se sortir de la pauvreté.

Le salaire moyen pour ce genre de travail aux Philippines est de 8000 pesos par mois (200$) alors qu’une infirmière québécoise gagne 18,07$ /h (860 pesos /h) à son entrée dans la fonction. Sans compter que notre personnel infirmier est aussi attiré par des salaires encore plus avantageux aux États-Unis et dans le reste du Canada. Selon le Philippines Star, des ingénieurs, des médecins et des soldats retournent sur les bancs d’école pour obtenir le fameux papier. Comme l’éducation est privée aux Philippines, c’est la manne pour les capitalistes. Il y a 400 écoles de nursing dans le pays dont certaines nivelleraient par le bas les standards, on parle ici de taux de réussite des examens de nursing tournant autour de 10% et, il n’y a pas de garantie ou argent remise. :)

Une fois le diplôme en poche, ces futurs expatriés doivent se démener avec des agences de recrutement qui leur extirpent d’autres pesos pour qu”elles les connectent avec des employeurs à l’étranger. Habituellement, la famille y investit son pactole, vendant son carabao, en espérant qu’à la fin, la progéniture s’installera quelque part au Nevada et enverra des millions de pesos en retour et remerciements (11 milliards de dollars envoyés par les expats pinoy l’an passé). Bien que beaucoup veulent partir, il y a peu d’élus selon un sondage, 3 philippins sur 10 quitteraient le pays s’il pouvait.

J’imagine que si c’est comme ça ici, ce l’est probablement aussi, en Inde, en Corée, en Chine et au Sénégal.

La prochaine fois que vous allez à l’hôpital, faites un petit sondage pour voir s’il y a des Boboy, Babie, Gigi, Jo-Jo dans le personnel.

* Sari-sari

Je vous ai déjà parlé de C dans un blog précédent. Je ne ré-écrirai donc pas son histoire ici, mais vous raconterai la suite, simplement.

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Scène 1: À la maison, juste après l’un de ses massages:

C: Mom Gen, toi et Sir Yanick quitterez les Philippines bientôt.
Moi: Hum, hum
C: Il faut que je me trouve un travail , autre que les massages, pour faire vivre ma famille.
Moi: hum, hum
C: Est-ce que tu veux m’aider, mom Gen?

Petite pause. J’ai toujours crains ces moments. Ils le disent et le répètent toujours: il ne faut pas prêter d’argent, parce que sinon c’est un cercle vicieux qui s’installe. J’ai déjà prêté des sous à C, j’ai réussi à me sortir de l’impasse mais non sans heurts. Je sais aussi que C est pauvre, que selon ses critères je suis riche. C’est vrai que je m’en vais et qu’elle n’a pas d’autres clients pour l’instant. Qu’elle a 4 enfants, 1 mari. Dilemne moral.

***
Scène 2: Quelques semaines plus tard, dans notre cuisine.

C: Mom Gen, j’ai un papier pour toi.

Elle me tend un carton de boîte de céréales, à l’endos écris d’une belle écriture, une liste de produits avec des prix.

C: J’ai trouvé ce que je veux faire mom Gen. Je vais m’ouvrir un sari-sari (dépanneur philippin)
Moi:…
C: C’est la prof de ma plus vieille qui a écrit. Je lui ai demandé d’écrire en anglais les produits que je lui disais et les prix. Je suis allée jasée avec un propriétaire d’un autre sari-sari, je lui ai demandé combien, selon lui, j’avais besoin comme capital de départ, quels produits étaient nécessaires. Mom Gen, peux-tu m’aider?

Re-pause. Pourquoi sommes-nous aux Philippines? Pour contribuer au développement, pour aider les groupes locaux à aider les gens à se sortir de la pauvreté. Ok, elle n’est pas un groupe. En l’aidant directement, on contrevient au renforcement des organisations locales. Mais nous avons un impact direct. Elle a un plan. Elle s’est démerdée pour parler à ses voisins, à la prof, elle est allée chez le grossiste voir le prix des produits. J’admire ça. Elle a refoulé sa fierté pour demander un micro-prêt. Je respecte ça. Et surtout elle a raison: une fois que nous serons partis, plus de massage (différentes raisons, la principale n’étant pas le manque de la demande, mais plutôt la prolifération de l’offre. En deux ans, j’ai vu au moins 4 salons de massage ouvrir!). Échange de regards et de quelques paroles avec le frisé.

Moi: Sais-tu tenir un inventaire et faire un suivi des finances?
C: Non.
Moi: Veux-tu apprendre?
C: Oui!

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Scène 3: Chez C dans son sari-sari.

Yanick et moi, grignotant les biscuits qu’elle nous a fièrement offert à notre arrivée: Wow C, il est vraiment bien ton sari-sari!!

C: Mom Gen, Sir Yanick je suis tellement contente! Maintenant nous pouvons manger à tout les jours. Le sari-sari fonctionne, les voisins sont contents, mon mari à un emploi, moi aussi!! Tout va bien!!

Et c’est vrai qu’il est bien son sari-sari. Finalement, ils l’ont mis dans leur maison. Son mari a construit une petite extension à leur maison. Ils sont fiers: il y a des gens qui achètent leurs produits, qui placotent sur le perron. Les gens sont contents, parce que l’autre sari-sari est loin: en bas de la côte.

Nous placotons quelques minutes. Je sors un sac de mon sac, le tend à C. Un peu perplexe, elle le vide de son contenu. Il y a un ledger (sais pas le nom en français, mais c’est un livre pour tenir un inventaire), une règle, des crayons, une aiguise.

C tout sourire: Ah oui, c’est vrai, mon inventaire! Je ne sais pas comment faire mom Gen, mais je sais que je peux apprendre! Après tout, j’ai réussi à ouvrir mon sari-sari. Et ça marche! Je suis intelligente!!!

Comment, et surtout pourquoi, a-t-elle pu en douter avant??!!!

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