Lors de nos ateliers à Marawi, la bouffe est souvent excellente mais lorsque l’on essaie de la recréer à la maison, il manque toujours une petite touche. En un beau dimanche de février, Geneviève avait accepté l’offre d’un de nos partenaires maranaos pour faire un peu de cuisine et échanger des recettes.
Ce qui a commencé comme une simple invitation pour préparer de la cuisine maranao c’est vite transformé en la première édition de Cuisiner pour la paix (dans sa version anglaise Cooking for Peace) version Mindanao. Une quinzaine de convives, des organisations maranao et chrétienne. L’événement avait pris de l’ampleur.
Au menu: poulet au coco et curry de carabao du coté maranao et de l’autre Hotspelt néerlandais et Bonita de Bacalho brésilienne (une recette vue dans un émission de Jamie Olivier(le Naked Chef), la semaine précédente).
Une seule condition, acheter le poulet vivant pour que nous puissions suivre les rituels musulmans pour la cuisine. Évidemment pour les citadins que nous sommes, qui achètent leur poulet chez Maxi, bien enveloppé et sans plumes, le poulet vivant relevait de l’aventure.
Dimanche matin, le marché est assez bruyant. Les vendeurs de poulets sont regroupés à une extrémité. Je dois acheter un beau poulet “native” (pas un gros broiler bourré aux hormones m’avait t’on dit). Bien installé dans un sac de plastique, le poulet se rendra à bon port. Son heure est venu. L’abattage est une affaire d’hommes. Le tête du poulet doit pointer vers la Mecca. On récite quelques versets du Coran et on tranche la gorge sans couper la tête. Notre lame de couteau est mal affûté; le poulet prendra quelque temps avant de mourir à bout de sang.
Le travail des femmes commencent ensuite. Elles déplumeront et décarcasseront le poulet. Pendant la préparation, on découvre que le poulet est en fait une poule en état de pondre. Le groupe prend une mine basse. Cette poule aurait dû vivre et donner naissance à plein de petits poulets. Ce ne sera pas le meilleur repas.
À l’autre bout de la cuisine, on dépèce la viande de carabao fraîchement abattu ce matin, dans un abattoir halal de Marawi. On prépare également le palapa, un mélange d’épice maranao (gingembre, chili, sel et sakorab) qui sera mélangé avec le coconut râpé, et le lait de coco première pression des ingrédients essentiels pour la cuisine maranao.
La préparation des plats prendra plus de 3 heures en tout et partout. On imagine maintenant mieux les préparatifs nécessaires lorsque nous sommes accueillis dans les communautés près du lac. Après tout ce branle-bas de combat, les convives ont réellement appréciés le dîner au point de vouloir recommencer dans un mois avec des recettes maranaos et kenyanes.